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Jérusalem: plongée dans le pouvoir des ultra-othodoxes

De plus en plus, des incidents violents concernant l’armée ou le rôle de la femme dans la société israélienne font craindre des affrontements entre extrémistes religieux et laïques.Des mesures politiques aux effets inattendus ont favorisé l’essor de cette nouvelle forme de judaïsme, à la fois cloîtrée et militante.

Ceux qui persistent à résider dans les quartiers ultra-orthodoxes de Jérusalem ainsi qu’à Bnei Brak, dans la banlieue de Tel-Aviv, vivent dans des conditions pénibles de promiscuité. Et parfois dans l’insalubrité : les appartements sont divisés en trois, quatre, voire six unités indépendantes de quinze à vingt mètres carrés, où s’entassent des familles de sept, huit, dix personnes. Chaque espace libre est utilisé. Y compris les balcons, les toits de bâtiments, les cages d’escaliers, les emplacements pour voiture et locaux destinés aux poubelles.

C’est le cas qu quartier Kerem Avraham de Jérusalem qui est aujourd’hui l’un des quartiers de la ceinture haredi de Jérusalem-nord, un endroit où s’étalent des affiches dénonçant la télévision, internet, et les factions religieuses rivales; un lieu de vies entières consacrées à l’étude de la Torah pour les hommes et à d’innombrables grossesses pour les femmes; d’écoles qui prodiguent une bien modeste préparation pour gagner sa vie et aucune préparation du tout pour participer à la vie d’une société démocratique.

Démographiquement très importante, de plus en plus influente sur la scène politique, la communauté ultra-orthodoxe est un acteur désormais incontournable de la société israélienne. Mais dans un pays où laïcs et religieux se croisent chaque jour sans pour autant se côtoyer, le communautarisme ultra-orthodoxe est régulièrement pointé du doigt. Du service militaire aux fonds étatiques spécialement octroyées aux haredim, les points de crispations ne manquent pas.

Une communauté en expansion

• Les ultra-orthodoxes représentent 16 % de la société juive, diaspora incluse. En Israël, ce pourcentage est de 12 %.

• Selon une étude du Israël Democracy Institute, en 2039, 20 % des Israéliens appartiendront à la communauté haredim. Cette augmentation importante s’explique par le fort taux de natalité de la communauté. On compte aujourd’hui 40 naissances pour 1000 haredim contre 20 naissances pour 1000 dans l’ensemble de la société israélienne.

• Contrairement aux orthodoxes, une partie des ultra-orthodoxes ne sont pas sionistes et ne reconnaissent pas l’État d’Israël. Ils considèrent qu’un État juif ne peut réellement exister qu’après la venue d’un messie.

 

Pour éviter que les haredim ne grignotent progressivement tout Jérusalem, les autorités ont préféré les installer en périphérie. Selon l’analyste politique Ofer Zalzberg, un tiers de la population de Jérusalem appartiendrait désormais à ce courant.

Avec un revenu longtemps issu du seul travail des femmes, car les hommes étudient la Torah, et des pensions versées par l’État, la forte natalité de la communauté ultra-orthodoxe l’a rendue plus nombreuse… mais aussi plus pauvre. Depuis quelques années toutefois, cette répartition des tâches semble évoluer. C’est du moins ce que pense Ida Weinstein (1), à la tête du département des sports spécialement dédié aux ultra-orthodoxes au sein de la municipalité de Jérusalem.

  • Des conséquences économiques négatives pour tout le pays

En apparence, les Ultra-orthodoxes donnent l’image d’une communauté florissante. Mais sous la surface, on a vite fait de découvrir une partie du prix payé par les Haredim eux-mêmes, et par Israël dans son ensemble, pour l’étrange essor de l’ultra-orthodoxie dans ce pays.

Aujourd’hui, les Haredim se marient plus tôt et ont beaucoup d’enfants, même si les hommes consacrent le plus clair de leur vie d’adultes à étudier le Talmud plutôt qu’à travailler.

Lorsque l’Etat a été créé, le milieu haredi «était entièrement différent», explique le sociologue Menachem Friedman«C’était un milieu normal où l’on travaillait», semblable au reste de la population juive. Le taux de fécondité y était à peu près le même.

Tout comme l’âge moyen du mariage, et d’ailleurs les hommes haredi désireux de poursuivre leurs études religieuses se mariaient même un peu plus tard. En effet, pour se marier un homme devait quitter ses études talmudiques à la Yeshiva et trouver un travail.

D’un point de vue économique, le renouveau haredi en Israël a été catastrophique. La communauté ultra-orthodoxe est toujours plus dépendante de l’Etat et, à travers lui, du travail des autres.

Abusant du patronage de l’Etat, les responsables religieux ultra-orthodoxes se sont largement emparés de la bureaucratie religieuse, imposant leurs interprétations extrêmes de la loi juive aux autres juifs.

De même que l’écart éducatif: même si les ultra-orthodoxes passent des années à étudier, leur scolarité ne les prépare en rien à occuper des emplois dans une économie moderne. Dès leur adolescence, leur curriculum reste dépourvu de mathématiques, sciences, langues étrangères et autres matières générales.

Les ultra-orthodoxes, « colons malgré eux »

Aujourd’hui, un tiers des Juifs implantés en Cisjordanie sont des haredim. Point de messianistes nationalistes parmi eux : les raisons de leur installation sont purement économiques. Ils se présentent d’ailleurs eux-mêmes comme des « colons malgré eux ».

Poussés hors des quartiers ultra-orthodoxes de Jérusalem ou de Bnei Brak par l’explosion démographique et la hausse des prix, ils se sont établis dans des colonies de Cisjordanie. Là, ils ont trouvé des appartements plus grands, moins chers, aux charges minimales, car subventionnés par l’Etat, et répondant toujours aux critères ultra-orthodoxes.

La plus grande colonie, Modiin Illit, a ainsi été fondée en 1993 comme une extension de Modiin, avant d’acquérir le statut de ville une décennie plus tard ; la deuxième, Beitar Illit, en 1985, comme une banlieue de Jérusalem. Elles comptent aujourd’hui près de 60.000 et 50.000 personnes chacune. D’après Meir Rubinstein, son maire, Beitar Illit, qui s’est vu reconnaître le statut de ville en 2001, pourrait atteindre les 100.000 habitants en 2020. Elle est d’ores et déjà la ville à avoir le plus fort taux de croissance de tout le « grand Israël ».

Fait majeur, ce sont les haredim qui portent la croissance des colonies de Cisjordanie. « D’une part, ce sont eux qui ont le plus d’enfants », nous explique Michael Blum, auteur avec Claire Snegaroff de Qui sont les colons ? (éd. Grasset), « mais d’autre part, il n’y a jamais de gel de construction de leurs implantations. En effet, ils sont toujours installés au bord de la ligne verte et obtiennent facilement des permis de construire ».

D’après les statistiques du second semestre 2016, la croissance de la population juive de Cisjordanie est importante puisqu’elle s’est accrue de 7.053 personnes, portant le nombre de colons à près de 400.000 (en excluant Jérusalem-Est). Mais à y voir de plus près, cette augmentation s’est faite à 43% dans les deux colonies de Beitar Illit et Modiin Illit.

Autrement dit, ironise dans les colonnes du Haaretz Shaul Arieli, l’un des auteurs de l’Initiative de Genève de 2003, l’extrême droite israélienne, annexionniste, a beau faire preuve de triomphalisme, notamment depuis l’élection de Donald Trump à la présidence américaine, elle n’a rien obtenu sur le terrain : « Les lauriers qui couronnent l’entreprise coloniale (…) ne reposent que sur la croissance naturelle de deux villes ultra-orthodoxes vouées à être, de toute façon, annexées par Israël dans le cadre d’un accord de paix ».

  • Sources:

http://www.liberation.fr/planete/2017/11/13/dans-les-quartiers-ultra-orthodoxes-d-israel-sous-les-immeubles-luxueux-des-studios-dans-des-parking_1609882

https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/01/15/en-israel-les-juifs-ultra-orthodoxes-au-seul-service-de-dieu_5241750_3218.html

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_jerusalem-des-milliers-d-ultra-orthodoxes-manifestent-contre-le-service-militaire?id=9741363

https://www.franceinter.fr/emissions/interception/interception-08-octobre-2017

Pour aller plus loin

Sur le site de la Coordination Intercomunautaire contre l’Antisémitisme et la Diffamation, dossier « Les différentes tendances du judaïsme aujourd’hui » http://cicad.ch/fr/les\-diff%C3%A9rentes\-tendances\-du\-juda%C3%AFsme\-aujourd%E2%80%99hui.html

Sur le site du Centre communautaire laïc juif, analyse du 4 avril 2017 « Les juifs ultra-orthodoxes, un monde en mutation » http://www.cclj.be/actu/israel/juifs\-ultra\-orthodoxes\-monde\-en\-mutation

Sur le site de « Télérama », article du 6 juin 2016, « Bethsabée Zarka : ‘A terme, les ultra-orthodoxes sont un danger pour l’Etat d’Israël » http://www.telerama.fr/television/bethsabee\-zarka\-a\-terme\-les\-ultra\-orthodoxes\-sont\-un\-danger\-pour\-l\-etat\-d\-israel,143477.php

Sur le site d’ELNET, article du 23 mai 2017, « Juifs ultra-orthodoxes, sous tous rapports » http://elnetwork.fr/juifs\-ultra\-orthodoxes\-rapports

Photo crédit: Twitter

 

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7 thoughts on “Jérusalem: plongée dans le pouvoir des ultra-othodoxes”

    1. Je crains que les tensions religieuses au proche orient surtout ne se terminent pas bientôt car on est dans un tournant d’une société qui veut se renfermer à nouveau qui veut prendre le pouvoir. Heureusement, il y a des gens qui manifestent pour garder notre liberté et l’esprit libre mais je ne sais pas pour combien de temps ils vont résister

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    1. Merci pour votre commentaire Fille &du chocolat. Mon avis est qu’on peut bien pratiquer une religion sans passer dans les extrêmes

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