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Stella, femme libre, un œuvre légendaire du cinéma grec.


Melina Mercouri incarne le rôle de Stella dans cette œuvre légendaire du cinéma grec. Un film qui ouvre véritablement une nouvelle ère pour le cinéma grec.Un mélodrame d’une rare force, qui préfère à la fadeur des élans romantiques l’âpre noirceur de la tragédie grecque.
Essentiellement connu pour Électre (1962) et Zorba le Grec (1964), le réalisateur,  Michael Cacoyannis, alors âgé de 33 ans, propose Stella, femme libre sous les apparences d’un mélodrame local. Mais ce film libertaire et féministe outrepasse largement la simple lorgnette nationale, pour célébrer les noces du cinéma moderne et de la tradition grecque.
On est en 1955.Après 4 ans d’occupation et de conflit mondial, puis 5 ans de guerre civile, la Grèce de 1955 est encore très conservatrice et patriarcale.
 
Le système des dots obligatoires pour les jeunes filles à marier est encore en vigueur et la coutume selon laquelle il est impossible pour un homme de se marier tant que ses soeurs n’ont pas trouvé de mari (quel qu’il soit !!!) est encore largement appliquée.
 
Le lieu de vie et le métier de Stella ne sont pas choisis par hasard. Le rebetiko est né en Grèce suite au cataclysme suivant la défaite Grecque de 1922, aux massacres des Grecs d’Anatolie et du Pont Euxin, aux rapatriements de réfugiés et aux échanges de population.
 
Dans les années 30, le rebetiko et les bars à rebetiko furent interdits car considérés transgressifs et comme des lieux de débauche. Pourtant, les Grecs souhaitent dès 1955 conserver cette culture même si la société Grecque est encore marquée et divisée sur ce sujet, comme bien d’autres. Le personnage de Stella apparaît donc quasiment diabolique à une grande partie de la société Grecque.
 
Certains journaux de gauche, considérés pourtant comme « progressistes », iront jusqu’à écrire que le film fait l’éloge de la permissivité perverse et immorale. De même, le compositeur Manos Hatzidakis, qui cherche à produire une musique mêlant au rebetiko des influences de jazz avec l’aide de V.Tsitsanis (célèbre joueur de bouzouki et compositeur de rebetiko) est qualifié par certains critiques de serpent maudit !

Alors même qu’il revendique poursuivre le sillage du folklore grec, Michael Cacoyannis s’amuse à brouiller les pistes : tous ses personnages détestent les bouzoukis, ces cithares traditionnelles qui accompagnent les rebetiko, des chansons aux thèmes récurrents : amours impossibles, passion, désespoir. Stella elle-même tient en horreur le genre : son premier numéro, catastrophique, penche plus du côté des chorégraphies américaines et latines. Mais Cacoyannis distille néanmoins ces chants traditionnels dans tout son film, au point d’en faire une sorte de comédie musicale où les airs viennent même couvrir les dialogues. La « chanson-titre » du film, écrite par Cacoyannis, s’articule autour d’un amour passionné vu comme une « lame à double tranchant », et son usage n’est d’ailleurs pas sans rappeler le célèbre « Tourbillon de la vie » interprété par Jeanne Moreau dans Jules et Jim. À côté des grandes scènes chorales, on trouve des captations de chorégraphies propres au rebetiko qui constituent pour les deux personnages principaux un geste d’expression, un exutoire, que le montage en parallèle de la scène finale transforme en épilepsie partagée à distance par le couple.

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